LOUISIANE C. DOR
« Une autrice talentueuse qui a du cœur »

Louisiane DOR Portrait

En deux livres seulement, elle a obtenu le prix Renaudot du livre de poche 2017 et une sélection pour le prix Goncourt de la nouvelle 2018. La valeur n’attend pas le nombre des années ! Corneille l’a écrit, Louisiane C. Dor l’illustre.

 

On dit qu’un premier roman est toujours autobiographique. Est-ce le cas pour le vôtre ?

Tous mes romans ont quelque chose d’autobiographique. Le premier particulièrement, puisqu’il est fortement inspiré de ma « descente aux enfers parisienne », comme l’ont appelée les médias. En 2012, je venais vivre à Paris – j’étais mannequin « hors normes ». J’ai rencontré une personne habituée des soirées et de la poudre et j’ai adopté ce mode de vie : fête, drogue, métro, malbouffe et rébellion d’adolescente paumée. C’est ce que je raconte dans Les méduses ont-elles sommeil ?

Je ne veux pas forcément tomber dans l’écriture du moi-je, mais je trouve qu’il est beaucoup plus efficace d’écrire quelque chose qui concerne directement l’auteur. Ce qui m’emmerde, c’est d’avoir eu à raconter ce qui était vrai dans ce roman et ce qui ne l’était pas. C’est une période un peu sinistre de mon adolescence, et je ne voulais pas trop m’étaler sur les détails, mais j’ai été poussée à le faire.

Ce roman a connu un très beau parcours, de l’autoédition jusqu’à l’obtention du prix Renaudot poche. Pouvez-vous nous le raconter ?

Je l’ai écrit en 2014. Je résidais alors au Brésil, en pleine pampa, et envoyer mon manuscrit aux maisons d’éditions m’était très compliqué. J’ai découvert Amazon, j’ai aimé le concept de l’autoédition et ai publié mon texte, après être passée par un accompagnateur littéraire, un certain Laurent Bettoni, ça vous dit quelque chose [rires] ?

Une amie écrivain, qui aimait mon récit, l’a fait passer sans me le dire à son éditrice, qui elle-même l’a fait passer à un éditeur de la maison Gallimard. Il lui a plu. Parallèlement, d’autres maisons d’éditions m’ont contactée par mail, me disant qu’elles aimeraient me rencontrer pour une éventuelle publication. J’étais très flattée que mon livre plaise.

Il est paru au format papier, en mai 2016, chez Gallimard. Il a fait un flop total, alors qu’il se vendait très bien en autoédition numérique. J’étais verte. Je regrettais d’avoir quitté Amazon, où il se vendait quatre fois plus. J’ai alors appelé Antoine Gallimard pour lui faire part de ma déception. Il m’a proposé de sortir le titre en poche, afin de lui donner une nouvelle chance.

Dans ce format, le livre se vendait bien mais ramait toujours un peu. Et puis le Renaudot poche est tombé, annoncé par mon idole d’adolescence, Frédéric Beigbeder. À partir de là, le livre est devenu un petit best-seller.

Vous rencontrez le succès avec un roman et donc vous décidez d’écrire ensuite un recueil de nouvelles, Ceci est mon cœur, genre littéraire réputé ardu à imposer en France. La difficulté vous motive ?

Ce n’est pas que la difficulté me motive, mais je ne fais pas dans la facilité pour vendre mieux. Je suis nouvelliste plus que romancière, mes romans sont courts, mes nouvelles sont courtes, j’écris court, c’est mon truc. Quand on fait quelque chose qu’on n’aime pas faire, on le fait mal. Je ne peux pas me forcer à écrire de longs romans dans un but commercial, ça ne rendrait rien et ce ne serait pas moi, ce ne serait pas sincère. Les escrocs à la Guillaume Musso me convainquent encore plus d’écrire avec sincérité.

Qu’entendez-vous, dans ce contexte précis, par « escroc » ?

Pour moi, tous ces auteurs qui utilisent des formules magiques pour écrire des best-sellers – si toutefois ils n’emploient pas de ghostwriters – font de l’ombre à ceux qui y mettent du cœur et feraient mieux d’écrire des scénarios de feuilletons cheap. Je n’ai pas la prétention d’écrire des histoires qui valent mieux que les leurs, mais au moins elles sont écrites avec le cœur. Les thrillers-romances-page-turners qui se déroulent à Miami Beach, c’est de l’arnaque !

Qu’est-ce qui vous touche, en littérature, qu’avez-vous envie de partager avec les lecteurs ?

J’essaie de partager des sentiments. J’écris pour moi avant tout, mais j’espère que l’on s’identifiera à ce que j’ai pu vivre et ressentir, parce que toute forme de sentiment est universelle. J’aime également lire des histoires dans lesquelles je puisse me reconnaître. Je porte davantage d’importance à la forme qu’au fond. J’aime écrire de manière à ce que mes mots soient agréables à lire, comme une peinture est agréable à regarder. Je choisi également mes lectures en fonction du style de l’auteur plus qu’en fonction de l’histoire.

Laurent Bettoni

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